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jeudi 24 mars 2016

Satin Doll ...

Cher Jean-Jacques,

Lundi, quand nous nous sommes vus, vous m'avez demandé s'il m'arrivait d'être triste.
J'ai répondu que la perspective de perdre un être cher était ce qui me rendait le plus triste.
Puis, je vous ai exposé mon avis sur la vie, rien de moins, et ce cadeau qu'elle représentait à mes yeux. La vie. Ce cadeau que m'ont fait mes parents.

En vérité et comme je le fais toujours, j'avais chassé de ma mémoire ces atrocités commises dans le monde qui portent le nom de terrorisme. J'avais chassé de mes entrailles cette crainte d'être emportée par un souffle dans le métro au milieu d'autres qui ne sont pas les miens.
En vérité, la peine qui m'emporte quand de tels actes sont commis, rigolant à la barbe de la liberté dont nous chérissons le nom et de l'insouciance qui nous fait marcher comme sur un nuage, cette Peine, me plonge dans une tristesse sans fond ni fin.
Pour autant, cette  génération, qui ne sait pas si elle rentrera chez elle le soir, cette génération et sa relève, comme d’autres l’ont fait avant, force le trait de la vie.
On a les armes qu'on peut.
En parlant d’armes, vous m’avez fait, pendant notre entrevue, cadeau de cette citation de Dostoïevski, tirée de l’Idiot :
« C’est la beauté qui sauvera le monde ».
Je dois dire que je n’ai d’abord vu dans cette phrase que la notion d’espoir dont elle me semblait être porteuse. Instinctivement, l’idée du Beau inspire en moi la lueur d’un mieux. Vision simpliste livrée lors d’un échange de coin de table, que vous avez accueillie avec politesse, je vous en remercie…
 Puis, cette phrase a envahi mes pensées.
J’ai voulu savoir à quel point j’avais été limitée dans mon analyse de coin de table...
C’est Fiodor, un homme belge (il est des coïncidences …) auteur d’un article sur internet qui a fait chauffer mes synapses.
J’ai donc appris (pourtant j’avais lu l’Idiot, « quand j’étais une enfant » …)  qu’ « Hippolyte Terentiev, un jeune homme tuberculeux, révolté et pathétique» avait prononcé cette phrase en s’adressant « au prince Mychkine, le héros principal du roman  [l’Idiot donc]» qui « voue un amour plein de compassion à la belle et douloureuse Nastassia Filippovna » un « amour pur et respectueux [qui] contraste fortement avec la passion destructrice que Rogojine, autre héros du livre, éprouve pour la même Nastassia  (…) « Mais Mychkine – «idiot» aux yeux des hommes, parce qu’il voit le monde avec un regard d’empathie et d’innocence – a compris que cette beauté est blessée, qu’elle est en attente d’une rédemption, d’un accomplissement. Devant un portrait de Nastassia, Mychkine s’écrie: «Ah, si elle avait de la bonté, tout serait sauvé!». 
Voici qui a alors étoffé nettement mon approche de coin de table…
La beauté est donc inséparable de la bonté : « Celui qui fait quelque chose de bien, écrit Fiodor,  fait en même temps quelque chose de beau » il ajoute dans son analyse que « La beauté qui sauve est la beauté de Dieu, en qui vérité, bonté et beauté se confondent ».
Plus loin, Fiodor enrichit son analyse d’un propos tenu par le Pape Benoît XVI dans un discours qu’il adresse aux artistes : «La beauté authentique ouvre le cœur humain à la nostalgie, au désir profond de connaître, d’aimer, d’aller vers l’Autre, vers ce qui est au-delà de soi(…)»…
C'était donc tout cela que voulait signifier Dostoïevski en faisant poser cette question par l’un de ses personnages «C’est la beauté qui sauvera le monde »…
Après avoir compris cela (j’ai dû lire et relire l’analyse pour être certaine de ne pas rester plantée dans mon analyse de coin de table) et parce que le lendemain de notre rencontre Jean-Jacques, des attentats ont eu lieu en Belgique, je me suis sentie peut être mieux armée pour affronter cette peine immense et reprendre espoir.
 Il me manquera encore longtemps la capacité de comprendre les choses avec autant de profondeur pour avoir des armes en réserve face à ces actes ignobles, mais j’y travaillerai, à la lueur de la Beauté.
Bien évidemment il me démange de vous redire, les gars,  que le Dieu qui nourrit votre combat, bande de lâches, est un Dieu qui n’existe pas. D’autres l’ont inventé comme un prétexte pour servir une cause dont vous êtes les explosifs de chair et d’os.
La Beauté est la Bonté. Qu’avez-vous fait de votre enfance, à quel moment la Beauté a cessé de vous servir de guide et d’espoir ?
 Je tiens donc à enrichir la réponse que je vous ai faite lundi Jean-Jacques : oui il m’arrive d’être triste et cela me submerge plus ou moins, mais il me semble, grâce à ce cadeau de la Vie que m’ont fait mes Parents, en le ficelant visiblement avec assez d’espoir et de foi, parvenir à remplir un certain « réservoir » qui doit être mon cœur, toujours suffisamment pour éteindre cette tristesse quand elle pourrait me noyer et altérer mon jugement quant à la nature humaine.
La Beauté est mon espoir et mes enfants en sont l’étoffe.
Merci à vous, Jean-Jacques, de m’offrir de votre temps pour des bavardages qui semblent anodins mais qui comme vos dessins ouvre mes yeux sur le vaste genre humain.
Enfin, pour donner à cette lettre une note plus légère, j’avais envie de dire à mes lectrices que vous aviez joué pour moi lundi ce morceau au piano de Satin Doll, de Duke Ellington … Mais enfin, si je leur disais, elles trembleraient de jalousie, je ne leur en  parle donc pas… (mais c’était extraordinaire …) Merci.
A très bientôt Jean-Jacques (oui ce Jean-Jacques là, Sempé) .

mardi 22 mars 2016

lundi 25 janvier 2016

Mimosa ...



Ce week-end m'a comblée.
Je crois que j'ai réalisé tous les points de ma to do list et même sans doute un peu plus si on compte la sortie trottinette des deux grands dimanche en deuxième partie d'après-midi, devant l'église.

J'avais dit : "je moutonne et je fais moi aussi ma couronne de Mimosa".


 
Dont acte.




Avec un matériel un peu douteux de garagiste, pour une fleuriste en herbe, mais enfin, juste avant le dîner de samedi soir elle était faite ET accrochée (merci Sweety !). 
 
Et puis j'avais aussi prévu de cuisiner, je ne savais pas jusqu'à quel point, mais j'avais deux trois recettes sous le coude qui me faisaient drôlement envie. 
Pour l'organisation et le dîner de ce soir, j'ai préparé des légumes rôtis, toujours assez rapides à faire et que tout le monde aime. Je veux dire que, si tu n'aimes pas la pomme de terre il y a de la patate douce, si tu n'aimes pas la patate douce, il y a de la carotte et si tu n'aimes pas la carotte et que tu détestes le curcuma, tu vas te coucher parce tous les légumes sont cuits avec du curcuma.

Bref, j'avais surtout deux "petits" défis à relever, le bowl-cake banane-matcha de Cléa Cuisine et son riz au lait cannelle-châtaigne ... Eh bien ce fut une vraie réussite figurez vous ! Même si le petit gâteau au thé matcha n'a plu qu'à moi, le riz au lait, lui, tellement régressif, a séduit tout le monde ! Et puis disons le, je suis désormais très fière de réussir tous ces petits délices qu'auparavant je n'aurais jamais tenté de réaliser... #41AnsQuoi ... 

Sweety avait par ailleurs rapporté dimanche matin un livre de recettes végétariennes (déniché chez Monop'), dont j'ai tout de suite eu envie de tester au moins une recette. J'ai choisi de faire la quiche au tofu fumé carottes et graines. J'ai trouvé ce livre de cuisine très sympa parce qu'il propose des recettes avec 3 ingrédients réalisables en 15 minutes. Le top pour une amatrice comme moi ! Bon, j'ai mis un peu plus de 15 minutes à cause des tagliatelles de carottes et de leur mise en place, mais ça valait le coup, visuellement la quiche était engageante et gustativement une belle découverte avec le tofu fumé (au sésame, parce que c'est ce que j'avais dans mon frigo). 
  

Voilà et pour assaisonner ce merveilleux week-end, il y a eu des cris, des disputes, des fous rires, des lectures, des devoirs, des placards triés, des jeux entre petits, des complicités, mais aussi des exigences déçues, des nuits encore et toujours trop hachées et plusieurs fois la triste sensation de n'être pas vraiment à la hauteur avec les petits (j'ai ressorti mes lectures ... Merci Au petit Bonheur qui nous donne tant de pistes de réflexion sur le sujet de la bienveillance et de l'éducation positive que pourtant j'ai des fois bien du mal à mettre en place ... y'a du boulot !) ...Et pour mon plus grand plaisir, il y a eu un très bon thé dans cet endroit que j'adore, avec ma copine Carine, le Supercalifragilis.

Demain, nous emmènerons notre Couiny faire des examens médicaux un peu plus approfondis pour essayer d'y voir plus clair dans ce "faux asthme" qui ne lui rend pas la vie facile et demain soir, je retrouverai la marraine de notre Couiny, ma moumou, autour d'un petit dîner entre nous ...cette simple perspective me réjouit... Le fait d'être en Vie et de bien la chérir, avec mes maladresses et ma volonté de faire mieux, chaque jour, je chéris cette Vie et je Lui rends Grâce. Je pense aujourd'hui particulièrement à cette chère Marquise, son époux et ses enfants. La vie est Belle il ne faut passer à côté de rien.

lundi 16 novembre 2015

La Seine a de la chance...

 
 
La Seine a de la chance
Elle n'a pas de souci
Elle se la coule douce
Le jour comme la nuit
Et elle sort de sa source
Tout doucement, sans bruit, sans sortir de son lit
Et sans se faire de mousse
Elle s'en va vers la mer
En passant par Paris.
La Seine a de la chance
Elle n'a pas de souci
Et quand elle se promène
Tout au long de ses quais
Avec sa belle robe verte
et ses lumières dorées
Notre-Dame jalouse, immobile et sévère
Du haut de toutes ses pierres
La regarde de travers
Mais la Seine s'en balance
Elle n'a pas de souci
Elle se la coule douce
Le jour comme la nuit
Et s'en va vers le Havre, et s'en va vers la mer
En passant comme un rêve
Au milieu des mystères
Des misères de Paris.

Jacques Prévert.
 
 
 
 
C'est la comptine qu' apprend actuellement mon fils de 8 ans, à l'école. Et tandis que nous relisions ce poème de Prévert hier, je retenais ces mots ainsi que mes larmes : "la Seine a de la chance, elle n'a pas de souci ...en passant comme un rêve ... au milieu des misères de Paris".
 
Ce n'est pourtant pas ce que veut raconter ce poème ...
Quelle tristesse...
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