On imagine toujours assez mal une
mère de 3 enfants poser une journée entière pour se prendre du bon temps.
Soit les raisons sont
administratives, soit elles sont médicales (je te fais un raccourci exprès).
Pour le cas présent, j’avais posé
« ma » journée pour honorer un rendez-vous dans une clinique
parisienne, afin d’effectuer des examens un peu « olé olé ».
Arrivée à 14h30,
(pour un examen prévu à 15h et une sortie à 18h00) j’ai attendu dans le "hall d'attente", avec d’autres
patients, qui comme moi, ont pu profiter de la conversation téléphonique d’une
dame qui sortait justement de consultation.
Elle évoquait sans l’ombre d’une
réserve et tour à tour sa pneumonie, son diabète, son embonpoint "qui lui
permettrait de tenir sur ses réserves", « le tuyau » qu’il
faudrait selon le chirurgien « rétrécir juste avant l’estomac » et la
fréquence de ses repas quotidiens ...J'en étais là de la conversation, quand l’infirmière m’a appelée pour me signifier mon tour.
Elle me montre alors ce qu’allait
être ma chambre (un fauteuil) et mon vestiaire (un placard branlant, muni d’un
coffre qui ne pouvait pas même contenir mon sac à main).
Une « chambre » prévue
pour accueillir jusqu’à deux patients, équipée à cet effet d’un petit rideau. Paye
ton intimité, me dis-je alors, quand, 10 minutes plus tard ma camarade de
chambrée débarque.
Se sentant sans doute comme dans
un écrin d’intimité, à son tour, elle déballe à l’infirmière une bonne partie de sa vie.
Rescapée de la Shoah, elle souffre
depuis peu d’un glaucome « qui a failli lui coûter la vie » et vient
elle aussi visiblement faire un examen « olé,olé », le même que le mien.
Allongée sur mon fauteuil, derrière
le rideau qui nous sépare, je tente en vain, par pudeur, de signifier ma
présence en agitant les pieds... C’est sans compter sur les effets du glaucome.
Au comble du supplice, un infirmier me sort de là en m'accompagnant au bloc où, grâce à une anesthésie générale je vais
pouvoir dormir tout mon soûl, une heure d’affilée, sans craindre d’être
réveillée (le kiff pour une mère de 3 enfants en bas âge).
Une heure plus tard à peine, en
salle de réveil, le bruit de pets monstrueux me sort de ma torpeur. C'est un choc.
Là, dans une pièce assez modeste,
nous sommes 3 à être venus visiblement faire le même genre d’examen « olé,olé ».
Tranquille, baignant dans
cette atmosphère surréaliste, j'aperçois un infirmier qui nous fait écouter un morceau de Génésis, massacré par le bruit de ces pets
incessants et de plus en plus nombreux.
Le voile de satin qui maintenait jusqu’alors, dans le secret, l’état de nos
intestins et œsophages, s'est définitivement envolé...
Enfin consciente de ce qui était en
train de m’arriver, j’ai retenu tout ce que j’ai pu, demandé au DJ un morceau
de Nina Simone (un peu pour couvrir le bruit) et j’ai chantonné pour me donner
de l’importance, genre « il est bon ce morceau » #fineconnaisseuse.
Puis, de retour dans mon « vestiaire/chambre/toilettes »
j’ai mis le paquet pour me rhabiller et faire bonne figure auprès des infirmières.
J’ai gobé ma collation et j’ai ensuite prié pour que ma colocataire ne soit pas
revenue avant que moi-même j’ai pu quitter la pièce commune. J’avais fait une
rapide estimation de l’état de son périnée, compte tenu de son âge et de l’état
du mien après 3 grossesses.
Bref, à 17h15 on m’appelait un
taxi et j’étais en route pour la maison, serrant les fesses autant que possible.
Depuis ce grand moment de solitude, j’ai comme un peu relativisé
sur la question de l’intimité et sur la notion pudeur.#payetoncomingoutdepetoman.
J'adore, merci pour ce moment d'intimité!
RépondreSupprimerRavie de t'avoir ravi ptitejulie et mille mercis pour cette visite ;-)
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